UN PRINCE DEVIENT BOUDDHA

L'homme qui devint Bouddha naquit
sous le nom de Siddartha Gautama,
à Lumbini, village situé dans le sud-est du Népal,
il y a deux mille six cents ans.
De naissance princière, il se maria et eut un fils.
Bien qu'il ait vécu dans le plaisir, le luxe et l'aisance,
il ne cessait pas d'éprouver une profonde insatisfaction,
au point qu'une nuit, alors qu'il était dans sa trentième année,
il se faufila hors du palais. Chevauchant son coursier,
il atteignit les frontières de son royaume,
se coupa les cheveux, la barbe,
et revêtit la robe safran d'un ascète errant.
Il vécut d'abord sous l'autorité des maîtres de l'époque,
puis forma avec cinq autres disciples son propre groupe.
Il arriva à la conclusion qu'il était encore loin
de pouvoir transcender, ou comprendre, la condition humaine.
Lorsqu'il décida de renoncer à la pratique des austérités,
le reste du groupe, scandalisé, s'éloigna de lui
en disant qu'il était retourné à une vie inférieure.
Il partit alors dans la forêt, seul.
Là, il demeura, avec une force renouvelée,
développant la concentration avec la pratique de la méditation.
A la nuit de la pleine lune de mai,
alors qu'il était assis absorbé dans la contemplation
du corps et de sa respiration,
ayant rendu son esprit malléable et flexible,
il le dirigea sur les aspects fondamentaux de la vie.
Comme il pénétrait en esprit au cœur de ces questions,
s'éleva la connaissance, s'éleva la vision, s'éleva la lumière.
Il avait atteint l'éveil total et parfait.
Il avait atteint un état de force de l'esprit infrangible,
de vision claire et parfaite,
de bienveillance sans limites et pour tous les êtres.
Il avait extirpé en lui l'avidité, la haine et l'ignorance.
Il avait surmonté la souffrance sous toutes ses formes.
En atteignant l'éveil, il avait atteint ce qu'il y avait à accomplir
dans toute vie et il se trouvait dans un état de contentement absolu.
Pourtant, par compassion pour le monde souffrant,
il passa les dernières quarante-cinq années
de sa vie à enseigner les moyens
par lesquels d'autres pourraient aussi réaliser cette expérience.
Ce que nous appelons le bouddhisme,
n'est autre que l'héritage de cet enseignement.
Comment appelle-t-on un homme doté d'une force d’esprit infrangible,
d'une vision parfaitement claire et précise,
d'une bienveillance universelle et sans limites ?
On l'appele un bouddha.
BOUDDHISME

Ce que l'on appelle aujourd'hui en Occident le bouddhisme,
prit sa source dans l'expérience d'Eveil du Bouddha
sous l'arbre de Bodhi.
C'est donc avec Bouddha que commence le bouddhisme.
Mais la question qui se pose est :
« Qui est Bouddha ?
Il faut préciser que le terme « Bouddha »
n’est pas un nom propre, mais un titre qui signifie
« celui qui Sait, celui qui Comprend ».
Il signifie aussi
« celui qui est Eveillé »,
celui qui s’est éveillé, du rêve de la vie,
car il voit la Vérité, il voit la Réalité.
Ce titre a d’abord été donné à Siddhartha.
Siddhartha reçut une très bonne éducation,
sans aller à l'école et nous ne savons pas très bien
s’il savait lire et écrire,
mais il reçut une excellente formation
dans toutes sortes d’arts martiaux et d’exercices.
Dans leur forme la plus bouddhique,
et nous pouvons imaginer le futur Bouddha
passant son temps de cette façon
plutôt que plongé dans des livres.
De la bouche des vieux sages du clan
il apprit aussi diverses traditions,
listes généalogiques, croyances et superstitions anciennes.
De façon générale il eut une vie assez confortable,
sans responsabilités particulières.
Son père l’adorait, il le maria alors qu’il était assez jeune,
vers seize ans.
Le mariage était arrangé par les parents,
car ce n’était pas qu’une affaire personnelle.
Il épousa une cousine, et il leur naquit un fils.
Les quatre visions
On aurait pu penser qu’il menait une existence assez heureuse,
mais les récits disent clairement que, malgré son mode de vie aisé,
Siddhartha Gautama était très profondément insatisfait.
« C’était le manque de bonheur d’un esprit fin en quête d’emploi ».
Les légendes des les écritures bouddhiques
parlent d’une sorte de crise spirituelle,
d’un moment décisif, qui advint lorsqu'il vit ce que l’on appelle
les « quatre visions ».
dans les rues de Kapilavastu.
Il semblerait qu’elles représentent des expériences
psychologiques et spirituelles.
Ces quatre visions cristallisent, sous une forme puissante,
certains enseignements fondamentaux du bouddhisme,
et jettent une forte lumière
sur les débuts du développement spirituel du Bouddha lui-même.
La légende dit que, par un beau et lumineux matin,
Siddhartha eut envie de faire un tour en char.
Il appela son conducteur de char, fouetta les chevaux et partit.
Ils allèrent à la ville, et soudain Siddhartha rencontra
sa première Vision : il vit un vieil homme.
Selon la légende il n’avait jamais vu de vieil homme auparavant.
Si l’on prend cette légende littéralement,
cela signifie qu’il avait toujours été enfermé dans son palais,
et qu’il n’avait pas fait très attention aux autres gens et n’avait pas réalisé
qu’il y avait une telle chose que l’âge avancé.
Mais on peut considérer cela différemment.
Parfois nous voyons une chose comme si c’était la première fois.
En un sens nous l’avons déjà vue cent fois, mille fois même,
mais un jour nous la voyons comme si
nous ne l’avions jamais vue auparavant.
C’est probablement quelque chose comme cela
qui est arrivé à Siddhartha,
et cela lui fit un choc. Il dit à son conducteur de char :
« Qu’est-ce donc que cela ? »
Et le conducteur de char répondit :
« C’est un vieil homme. »
« Pourquoi est-il si frêle, si voûté ? »
« He bien, c’est juste qu’il est vieux. »
Siddhartha demanda :
« Mais comment est-il devenu comme cela ? »
« He bien, tout le monde vieillit, tôt ou tard.
C’est naturel. Ça arrive, c’est tout. »
« Est-ce que cela va m’arriver aussi ? »
Et le conducteur fut bien obligé de répondre :
« Oui, bien que tu sois jeune cela va inévitablement t’arriver,
un jour aussi tu seras vieux. »
Ces mots frappèrent le futur Bouddha comme la foudre,
et il s’exclama :
« A quoi bon cette jeunesse !
A quoi bon cette vitalité et cette force, si tout finit ainsi ! »,
et le cœur malade il retourna vers son beau palais.
La deuxième Vision fut celle de la maladie.
C’était comme s’il n’avait jamais vu de personne malade auparavant,
et il réalisa que tous les êtres humains sont sujets à la maladie.
Il dut regarder en face le fait qu’aussi fort et en bonne santé qu’il soit,
il pouvait à tout instant être frappé par la maladie.
La troisième Vision
fut celui d’un cadavre que l’on transportait
au lieu de crémation.
C’est une chose que l’on peut voir tous les jours en Inde.
En Occident,
quand vous mourez vous êtes enfermé dans un cerceuil,
ou incinéré.
Mais en Inde ce n'est pas comme cela, on ne vous cache pas,
quand vous mourez vous êtes présenté publiquement
dans la meilleure pièce de la maison
et toute votre famille, tous vos amis viennent vous voir.
Puis le cadavre est hissé sur les épaules de quatre hommes forts
et porté à travers les rues, le visage découvert.
Des foules de gens suivent,
accompagnant le corps vers le lieu de crémation.
C’est une telle procession que vit Siddhartha,
et il demanda au conducteur de char :
« Qu’est-ce donc que cela ? »
Le conducteur dit :
« C’est juste un corps mort. »
Siddhartha dit :
« Mort ? Qu’est-ce qui lui est arrivé ? »
« Eh bien, comme tu peux le voir,
il est raide, il est sans mouvement.
Il ne respire pas, il ne voit pas, il n’entend pas. Il est mort. »
Siddhartha en eu le souffle coupé et dit :
« Est-ce que cela arrive à tout le monde, cette mort ? »
Le conducteur poussa un soupir et dit :
« Hélas, oui. »
Siddhartha réalisa alors que cela lui arriverait aussi un jour.
La révélation le frappa, comme la foudre.
Il vit comment cela était.
Vous ne voulez pas vieillir, mais vous ne pouvez l’empêcher.
Vous ne voulez pas tomber malade,
mais cela non plus vous ne pouvez l’empêcher.
Alors vous commencez à vous demander :
« Comment se fait-il que je sois ici ?
Je suis ici avec ce désir de vivre et de continuer à vivre,
mais je dois mourir.
Pourquoi ? Quelle est la signification de tout cela ?
Pourquoi cette énigme, ce mystère ?
Pourquoi ai-je été fait ainsi ?
Est-ce Dieu qui est responsable ?
Est-ce le destin, la destinée ?
Ou est-ce simplement que cela se passe ?
Y a-t-il une explication quelque part ? »
Ainsi, Siddhartha eut affaire à ces situations existentielles,
et il commença à y penser très profondément.
Il rencontra alors une quatrième Vision,
celle d'un sadhu, en Inde, un saint homme,
marchant dans la rue avec son bol à aumônes.
Il semblait si calme, si tranquille,
si plein de paix que le futur Bouddha pensa :
« Peut-être sait-il. Peut-être est-ce là le chemin.
Peut-être devrais-je en faire autant :
couper tous les liens, toutes les attaches mondaines,
comme un errant sans foyer et à la robe jaune,
comme l’a fait cet homme. Peut-être, de cette manière,
trouverai-je une réponse aux problèmes qui me tourmentent. »
Aller de l’avant
La belle histoire continue en décrivant comment
par une nuit de pleine lune, alors que tout était calme,
Siddhartha fit un dernier adieu à sa femme et à son fils endormis.
Il n’était pas heureux de les quitter, mais il devait partir.
Il chevaucha longtemps cette nuit-là,
jusqu’à ce qu’il ait atteint la rivière
qui marquait la frontière du territoire des ±kya.
Là, il laissa son cheval, quitta ses habits princiers,
coupa ses longs cheveux, sa barbe,
et devint un homme errant sans foyer, à la recherche de la vérité.
Cet « aller de l’avant » est psychologiquement très significatif.
Ce n’est pas seulement devenir un moine.
C’est beaucoup plus que cela.
Cela signifie trancher les liens incestueux du sang,
du sol et de la famille, et rester seul, en individu libre,
donc ce que fit Siddhartha.
Il se débarrassa de tout.
Il choisit de ne pas participer à la société.
Il en avait eu assez de la vie mondaine,
et allait maintenant essayer de trouver la vérité,
essayer de voir la vérité de lui-même.
La recherche allait durer six ans.

En ce temps-là,
il y avait en Inde de nombreuses personnes qui enseignaient
des voies menant à la réalisation de la vérité.
Une des voies les plus courantes était celle de la torture de soi.
À la possible exception des ermites du désert égyptien
aux deuxième et troisième siècles de notre ère,
l’automortification n’a jamais été considérée
comme une méthode de développement personnel en Occident,
et elle ne fait certainement pas partie de notre vie quotidienne.
En allant au travail,
nous ne voyons pas d’homme couché sur une planche à clous.
Mais en Inde de telles pratiques sont tout à fait présentes,
et même de nos jours de nombreux Indiens
croient fermement que la torture de soi est le chemin du ciel,
ou même le chemin de la connaissance de soi et de l’Éveil.
Il en était ainsi au temps du Bouddha.
Il y avait un puissant mouvement de cette sorte,
qui enseignait que si l’on voulait trouver la vérité
on devait soumettre, voire mortifier la chair.
Et c’est exactement ce que fit Siddhartha.
Pendant six ans il pratiqua les austérités les plus sévères.
Il limita nourriture et sommeil, il ne se lava pas, et il alla nu.
Tout cela, le Bouddha le décrivit lorsqu’il fut âgé,
et son récit se trouve dans les écritures bouddhiques.
Comme le dit l’un de ces récits,
la célébrité de ses austérités se répandit tel le son d’une grande cloche
pendue à la voûte du ciel. Personne, en Inde,
ne le surupassa en auto-torture et en auto-mortification.
Mais il dit aussi que cela ne l’avait mené nulle part.

Il était devenu célèbre comme grand ascète,
et avait des disciples avec lui.
Mais lorsqu’il réalisa que ce n’était pas le chemin de la Vérité,
il eut le courage d’abandonner, recommença à manger
et ses disciples le quittèrent.
Il avait déjà quitté sa famille, quitté ses amis,
et à la fin ses disciples l’abandonnèrent.
Il fut laissé seul, allant de lieu en lieu, finalement,
il arriva à un bel endroit sur les bords d’une rivière fraîche,
à Bodh Gaya dans l'est de l'Inde.
Là, il s’assit à l’ombre d’un figuier et prit la résolution :
« Je ne me lèverai pas de cet endroit avant d’être Éveillé. »
« La chair peut dépérir, le sang peut sécher,
mais avant d’avoir atteint l’Éveil je ne bougerai pas de ce siège. »
Jour après jour, nuit après nuit, il resta là, assis.
Il contrôlait et concentrait son esprit, le purifiait,
supprimait les obstacles mentaux et les souillures, et la nuit de Vésak,
la nuit de la pleine lune de mai, à l’instant où l’étoile du matin se levait,
alors qu’il fixait son esprit sur cette étoile scintillant à l’horizon,
l’Illumination complète, l’Éveil complet arriva.
Il est très difficile de décrire cette d’état,
c’est la plénitude de la Sagesse,
la plénitude de la Compassion, c'est voir la Vérité en face.
La « lumière » apparut, et Siddhartha devint le Bouddha.
Ceci était la fin de sa quête.
Il était devenu le Bouddha,
« celui qui savait ».
Il avait trouvé la solution à l’énigme de l’existence.
Il était Illuminé, Eveillé.
Mais ce n’était que le début de sa mission.
Décidant de faire connaître à l’humanité
la Vérité qu’il avait découverte,
il quitta l’endroit que l’on appelle aujourd’hui Bodh Gaya
et marcha vers Sarnath.
Il rassembla les disciples qui l’avaient quitté,
et leur fit connaître sa grande découverte,
leur prêcha le sutta que les Occidentaux appellent parfois
« le premier sermon ».
Un sutta est un discours suivi,
une série d’idées et de thèmes liés ensemble, comme par un fil.
Progressivement,
une communauté spirituelle grandit autour du Bouddha.
Il ne resta pas de façon permanente en un endroit,
mais parcourut tout le Nord-Est de l’Inde.
Il eût une longue vie, atteignant l’Éveil à trente-cinq ans
et vivant jusqu’à quatre-vingts ans.
Il eût donc quarante-cinq années de travail,
de vie active, répandant son enseignement.
Il semble que pendant neuf mois de l’année,
il allait de lieu en lieu, prêchant et pendant trois mois
il s’abritait des pluies torrentielles de la mousson.
Arrivant dans un village,
si c’était l’heure de son seul repas de la journée,
il sortait son bol à aumônes et allait silencieusement
de la porte d’une hutte à la suivante.
Ayant collecté autant de nourriture qu’il en avait besoin,
il se retirait dans la plantation de manguiers que,
de nos jours encore, on trouve aux abords de tout village indien,

et s’asseyait sous un arbre.
A la fin de son repas
les villageois se rassemblaient autour de lui et il leur enseignait.
Parfois venaient des brahmanes,
parfois c’étaient de riches propriétaires terriens,
parfois des paysans, parfois des marchands,
parfois des balayeurs, parfois des prostituées.
Le Bouddha enseignait à tous,
beaucoup de gens se mirent à le suivre,
il devint le plus grand et le plus connu des maîtres spirituels de l’Inde.
Quand il mourut, atteignit ce que l’on appelle le parinirvana,
il y avait des dizaines de milliers de ses disciples
pour pleurer son départ, moines et laïcs, hommes et femmes.
Le Bouddha était un être humain, mais pas un être humain ordinaire,
c’était un homme Eveillé, un tel être, selon la tradition bouddhique,
est l’être le plus élevé dans l’univers, plus élevé que des dieux.
Confusion en Occident, à propos du fait que Bouddha soit un dieu.
