British Museum
exposition du 13 septembre au 06 avril 2008

Qin Shi Huangdi
(v. -259 – 10 septembre -210)
fut d'abord le roi de Qin de -247 à -221,
puis l'unificateur de l'empire de chine,
Son nom de famille était Ying et son prénom Zheng,
choisi dit-on
parce qu'homonyme du mois de sa naissance,
le premier de l'année chinoise.
Le nom personnel du souverain n'étant pas,
par respect, employé de son vivant,
il était donc pour ses contemporains
le « roi de Qin ».
Les historiens le mentionnent néanmoins comme
« roi Zheng de Qin ».
En 221 av J.C
il prit officiellement le titre de
« Premier auguste souverain » (Shi Huangdi ),
en référence aux souverains antiques Sanhuangwudi.
Forte de plus d'un siècle d'expérience et de traditions,
l'armée du futur empereur compte dans ses rangs
au plus fort de la guerre près d'un million d'hommes.
Elle était dotée d'armes étonnantes pour l'époque,
comme une baliste à répétition,
qui envoyait deux à trois carreaux
de bronze par seconde.
Les généraux qui l'encadraient
n'étaient pas issus de la noblesse,
mais choisis parmi les soldats.
Qin Shi Huang voulait limiter le pouvoir de la noblesse
et avait ainsi créé une méritocratie.
L'armée en terre cuite
du Premier Empereur de Chine
Son règne fut placé sous le signe
de la philosophie légiste
inspirée par Han Fei Zi.
Il fut un souverain autoritaire
ne souffrant pas de contestation.
Il ordonna une répression violente
contre les confucéens,
ennemis de longue date du légisme,
accusés de conspirer contre lui.
Ils furent arrêtés puis enterrés vivants
sur la même colline où il décida de brûler leurs écrits.
En effet, sous l'influence de son premier ministre,
un grand effort avait permis de combattre l'illettrisme.
Les chinois parlaient donc plusieurs dialectes
mais n'écrivaient qu'une seule langue.
Les gens jugèrent les nouvelles lois
à l'aune des anciennes
et notamment celles des confucéens.
C'est pourquoi Qin Shi Huang
décida d'en brûler tous les exemplaires,
sauf un qui devait rester dans la bibliothèque impériale.
Cet incident, resté célèbre dans l'histoire,
inspira à Mao Zedong le slogan
« Brûlons les livres et enterrons les lettrés »
lors de la Révolution culturelle.
A partir des années 1970,
Qin Shi Huang fut d'ailleurs présenté
dans les manuels d'histoire
sous l'aspect favorable d'un souverain progressiste
luttant contre les forces réactionnaires.
Formation d'un nouvel empire
Il régne en maître sanguinaire
à l'ambition démesurée.
A ce titre, et au prix de millions de victimes,
il ordonna une politique d'unification de la Chine.
Il conquit les sept royaumes
qui s'en-déchiraient depuis 5 siècles.
Il fit protéger son nouvel empire
en raccordant les tronçons de murailles existants
pour former la première grande muraille.
Il créa un gigantesque réseau routier à trois voies
(la voie centrale lui étant réservée)
surélevées, pour éviter les inondations,
qui reliaient la capitale à toues les provinces de l'empire.
Puis il unifiat les poids et mesures,
les langues et l'écriture.
Un empereur autoritaire
Parmi les faits les plus spectaculaires,
on peut citer plusieurs exemples
d'entreprises démentielles
qui montrent sa conception du pouvoir
et de la place qu'il estimait avoir dans l'histoire.
Construction de la Muraille de Chine
C'est sous le règne de Qin Shi Huang
que les 2000 premiers kilomètres
de la muraille furent contruits.
Il la fit construire car il avait peur des barbares du nord.
Unification de l'écriture et de la langue
A l'époque,
chaque partie de la Chine avait une langue
et une écriture différente :
chaque "peuple" avait son dialecte.
Qin Shi Huang unifia la langue et l'écriture,
mais il existe encore aujourd'hui
plusieurs langues parlées en Chine.
Construction du réseau routier
Qin Shi Huang fit agrandir les routes :
il créa un réseau routier à trois voies,
la voie du milieu lui étant réservée.
Il suréleva les routes pour éviter les inondations.
Chaque route partait de la capitale (à l'époque Xi'an)
et passait dans toutes les provinces chinoises.
Quête de l'immortalité
A la fin de sa vie,
Qin Shi Huang était obsédé par la mort.
Il voulait que les médecins et scientifiques
lui trouvent un élixir d'immortalité.
Il entendit parler d'un peuple « d'immortels »
vivant sur une montagne
à une quarantaine de kilomètres de son palais.
Ces derniers étaient censés posséder un secret
pouvant se transmettre à une personne telle que lui,
probablement, selon ses magiciens,
sous la forme d'un élixir d'immortalité.
Après bien des tentatives infructueuses
pour faire venir les immortels au palais
(construction d'une route rectiligne
du palais à la montagne,
puis construction d'un chemin
de 36 000 marches de la base
au sommet de la montagne,
enfin, déplacement en personne de l'empereur),
vexé, il fit peindre la montagne en rouge
(couleur des forçats).
Mais, non content de la violence de sa vengeance,
il fit ni plus ni moins que raser la montagne,
en causant au passage la mort de 700 000 ouvriers.
Il entendit parler plus tard d'autres immortels
vivants dans des îles au large de la Chine
(actuellement le Japon).
Il ordonna la construction d'un navire gigantesque
de 200 mètres pour ramener ce peuple en Chine.
Le navire ne revint jamais.
Mort présumée
L'empereur, toujours hanté par l'immortalité,
fit appel à un magicien.
Celui-ci lui fabriqua les fameuses « perles rouges »
de cinabre (le sulfure de mercure) censées lui donner,
chacune, six ans de vie.
Faites donc de mercure,
les « perles rouges »
furent probablement la cause de sa mort.
Funérailles

in situ : les soldats, chevaux
On lui doit le mausolée de Xi'an
qui s'étend sur environ 56 km²,
un tumulus haut de 115m à 1,5 kilomètre
recouvrant une fosse contenant
quelque huit mille statues de soldats
et de chevaux en terre cuite.
Ne voulant pas être seul après la mort,
Qin Shi Huang ordonna que
toute son armée soit sculptée en terre
et soit enterrée avec lui.
Il fit donc construire des milliers de soldats,
chevaux et chars,
tous différents les uns des autres
(physionomie, vêtements, position des bras)
et un peu plus grand que nature,
un soldat mesurant entre 1,72m et 2m.
En 1974,
des paysans trouvèrent ces statues
en creusant un puits dans leur champ.
Ils firent ensuite appel à des archéologues.
On peut maintenant visiter le mausolée,
qui est considéré comme
la huitième merveille du monde.
L'héritage de Qin Shi Huang
Il a légué à son peuple un empire unifié,
aussi bien dans l'administration militaire et politique,
que dans les domaines culturels
qui formeront au court des siècles
ce que l'on nomme aujourd'hui la Chine.
Cet empire dura plus de vingt siècles.
Comme on l'a vu plus haut,
une telle destinée encouragea
les récupérations politiques.
Dans un discours fait à Xi'an,
Mao Zedong n'hésitât pas à se comparer au
"premier empereur",
et ainsi vouloir réhabiliter le légisme.
Le nom de sa dynastie, déformé,
arriva en Occident et fut à l'origine
du nom de l'Empire du milieu
dans les langues européennes (Chine en français).
La tradition lui attribue l'invention
de la coiffe impériale mianliu
à rideau de franges dissimulant partiellement le visage,
visible sur les portraits des souverains de l'Antiquité
et portée par les statues de divinités.
Le titre de l'empereur Qin
En 221 av. J.-C.,
le roi de Qin adopta le titre de Shi Huangdi,
ou « premier empereur »,
créant pour l'occasion le mot Huangdi,
souvent traduit en français par « empereur »,
repris par tous les souverains de Chine
qui vinrent après lui.
Ce terme est l'association de Huang,
« suprême »
ou « auguste », et de Di, « souverain »,
en référence aux trois Augustes et cinq Empereurs,
premiers souverains mythiques de Chine.
Il porta le titre de Shi Huangdi durant tout son règne.
Son fils fut Er Huangdi, « Deuxième empereur ».
L'histoire voulait que la série s'arrêtât là.
Lors de l'avènement de la Dynastie Han,
Shi Huangdi (« Premier Empereur »)
fut jugé inacceptable par les Han
qui ne le reconnaissaient pas
comme le premier de leur lignée.
Ils l'appelèrent donc
« Premier Empereur de la Dynastie Qin »,
soit Qin Shi Huangdi.
Néanmoins, la plupart des noms de personne chinois
sont de deux ou trois sinogrammes;
le di fut donc finalement supprimé
pour donner Qin Shi Huang.
Son fils et successeur devint Qin Ershi.
L'usage aujourd'hui en Chine
est donc effectivement d'appeler
le premier empereur Qin Shi Huang,
même si l'on trouve parfois Qin Shi Huangdi,
plus utilisé à l'étranger.
Quatre-vingt une de ces statues
avaient été transférées en France.
Elles ont été visibles
pendant 10 jours au parc expo de Caen.
Pour l'exposition de Londres

détail de l'armée de terre cuite, in situ
Trois ans de négociations avec les autorités chinoises
ont été nécessaires pour monter cette exposition,
regroupant près de 120 objets,
et pour laquelle le British Museum a
spécialement aménagé la salle de lecture
où Karl Marx a écrit Le Capital.
Une vingtaine de soldats d'argile de Qin Shihuang
et quelques 120 objets retracent
dans cette exposition exceptionnelle du British Museum,
l'histoire du premier empire de Chine,
et permettent au public européen de mieux connaître
une partie de ce qui est considérée
par de nombreux spécialistes
comme l'une des découvertes archéologiques majeures
des cent dernières années.
Admirablement préservés,
les soldats sont parfois accompagnés
de leurs chevaux, avec un chariot,
comme une armée en état de marche.
Des scribes et fonctionnaires sont également présentés,
tout comme des musiciens
et acrobates chargés de divertir l'empereur
même après sa mort.
"Ces statues sont à taille humaine,
extrêmement réalistes
et chacune d'entre elles est unique",
explique Jane Portal, la conservatrice de l'exposition.
"Elles montrent aussi la mixité ethnique de l'armée,
le lien avec les tribus nomades de l'Ouest."




