

A l'âge de seize ans,
je suis arrêté le 15 octobre 1940 au métro Gare de l'Est par trois policiers français,
dans le cadre du décret-loi Daladier du 26 septembre 1939
interdisant la propagande communiste.
Passé à tabac pour que je révèle les noms des amis de son père,
et emprisonné à Fresnes, puis à Clairvaux,
je suis par la suite transféré, malgré mon acquittement,
au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique),
où étaient détenus d'autres militants communistes généralement arrêtés entre
septembre 1939 et octobre 1940. On me met dans la baraque 10,
la baraque des jeunes, où je mes lie d'amitié avec Roger Sémat et Rino Scolari.
Ce dernier, un peu plus âgé que moi.
Le 20 octobre 1941,
Karl Hotz, commandant des troupes d'occupation de la Loire-Inférieure,
est exécuté à Nantes par trois jeunes communistes.
Le ministre de l'Intérieur du gouvernement de collaboration de Pétain, Pierre Pucheu,
sélectionne des otages communistes, dont je fais partie,
« pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français »
dix-huit emprisonnés à Nantes, vingt-sept à Châteaubriant
et cinq Nantais emprisonnés à Paris.
Le jour de mon arrestation,
on a saisi sur moi un poème contenait le quatrain suivant :
- « Les traîtres de notre pays
- Ces agents du capitalisme
- Nous les chasserons hors d’ici
- Pour instaurer le socialisme. »

Butte aux fusillés
Deux jours plus tard,
neuf poteaux sont dressés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant.
Nous sommes vingt-sept otages, répartis en trois groupes, à nous y appuyer,
refusant qu'on nous bande les yeux et criant:
« Vive la France ! »
devant le peloton d'exécution. Je suis le plus jeune,
j'ai un évanouissement mais l'on m'a fusillé dans cet état.
Il est 16 heures, ce 22 octobre 1941
Avant j' avais écrit une lettre à mes parents.
Tout au long de ma détention j'ai écrit des lettres à ma famille proche.
La veille de ma mort, j'ai écrit un billet à une jeune fille de dix-sept ans,
Odette Lecland,
que je surnommait « Épinard » :
-
« Ma petite Odette,
-
Je vais mourir avec mes 26 camarades, nous sommes courageux.
-
Ce que je regrette est de n’avoir pas eu ce que tu m’as promis.
-
Guy »
-
-
et une lettre pour ma famille
-


Pour les nazis,
l'exécution d'otages communistes est préférable
pour convaincre les Français que seuls les juifs
et les communistes sont leurs ennemis.
La sélection d'un otage si jeune est également délibérée,
pour montrer qu'ils seront impitoyables
avec tous les distributeurs de tracts, quel que soit leur âge.
Mais l'exécution d'un otage si jeune a surtout pour
effet de choquer la population française.
Un gendarme a remis le billet à Odette.
Après avoir précisé :
« Guy était amoureux de moi et je ne le savais pas »,
elle déclarera
-
« Là, il faut que j’explique : on était des jeunes militantes
-
mais on n’était pas évoluées comme maintenant.
-
- Guy m’avait dit un jour :
- “ est-ce que tu serais d'accord pour me faire un patin ? ”
- Et moi qui ne savais pas du tout ce que c'était, j'avais répondu :
-
“ Si tu veux. ” »
Arrêtée le 13 août 1941
avec un groupe de dix-sept jeunes dont elle était la seule fille,
elle parvient à s’évader trois ans plus tard.
Actuellement, Madame Odette Nilès,
qui a caché ce petit mot pendant sa détention
et l’a gardé jusqu’à ce jour,
est présidente de l’Amicale de Châteaubriant
Mémorial de Chateaubriand
Odette Lecland,
devenue Odette Nilès dénonce
Interviewée par Libe-Labo en octobre 2007,
elle déclare que la lecture de cette lettre tous azimuts,
c’est
« dévaloriser la valeur de ce qu’était Guy Môquet »
et que celui-ci
« serait fou de voir tout ce que l’on peut faire en se servant de son nom. »
et a tous les jeunes qui ont été dans l'action.
Les Forces françaises de l'intérieur (FFI) est un nom donné en 1944
à l'ensemble des groupements militaires clandestions
qui s'étaient constitués dans la France occupée
(Armée secrète, Organisation de résistance de l'armée,
Francs-tireurs et partisans, etc..)




