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Envie de vous parler d'Histoire, de la Grande comme de la petite
Mon nom Môquet, Guy, j'ai 17 ans.
 
 

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Mon nom est Môquet, Guy,
 
 je suis né à Paris le 26 avril 1924, j'ai 17 ans.
 
Prosper Môquet, mon père, est un cheminot, syndicaliste,
député communiste du 17e arrondissement. Son frère, mon oncle Henri,
est concierge au siège du parti. Quant à ma tante, Rosalie, également militante,
elle est bien insérée au coeur du parti communiste.
 
Je suis au lycée Carnot et fervent militant des jeunesses communistes.
 Pierre-Louis Basse me présente comme un « titi »,
 volontiers gouailleur tout en ne dédaignant pas d'écrire des poèmes,
 plaisant aux filles et doué dans les disciplines sportives.
 Au sprint, mon seul rival est Charles Éboué, fils de Félix Éboué. 
 
 
 Edouard Daldier ayant dissous le Parti communiste en septembre 1939,
 mon père a été déchu de son mandat de député en février 1940
et  arrêté le 10 octobre de la même année.
L'URSS ayant signé un pacte de non-agression avec les nazis,
les communistes français s'opposent à la guerre
 (considérée comme une guerre impérialiste contre les intérêts de la classe ouvrière).
 De nombreux militants sont donc arrêtés par le gouvernement français
 sous l'accusation de sabotage, démoralisation de l'armée,
bref, pour avoir affaibli les arrières.
 
 
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La maison ou je suis né, 34 rue Baron, dans le XVIIe arrondissement de Paris
 
  
 
Pour ma part je distribue des tracts, dans ces tracts,
c'est surtout la misère qui est épinglée :
 
 « Des magnats d'industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier,
 tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons,
 par esprit de lucre,  par haine de la classe ouvrière,
ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère.
 De l'ouvrier de la zone, avenue de Saint-Ouen, à l'employé du quartier de l'Étoile,
en passant par le fonctionnaire des Batignolles, les jeunes, les vieux,
les veuves sont tous d'accord pour lutter contre la misère… ».
 
 Ils réclament également la libération des prisonniers communistes
incarcérés depuis l'automne 1939.
 

A l'âge de seize ans,

 je suis arrêté le 15 octobre 1940 au métro Gare de l'Est par trois policiers français,

 dans le cadre du décret-loi Daladier du 26 septembre 1939

interdisant la propagande communiste.

Passé à tabac pour que je révèle les noms des amis de son père,

 et emprisonné à Fresnes, puis à Clairvaux,

je suis par la suite transféré, malgré mon acquittement,

 au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique),

où étaient détenus d'autres militants communistes généralement arrêtés entre

septembre 1939 et octobre 1940. On me met dans la baraque 10, 

 la baraque des jeunes, où je mes lie d'amitié avec Roger Sémat et Rino Scolari.

Ce dernier, un peu plus âgé que moi.  

Le 20 octobre 1941,

Karl Hotz,  commandant des troupes d'occupation de la Loire-Inférieure,

est exécuté à Nantes par trois jeunes communistes.

Le ministre de l'Intérieur du gouvernement de collaboration de Pétain, Pierre Pucheu,

sélectionne des otages communistes, dont je fais partie, 

« pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français »

  dix-huit emprisonnés à Nantes, vingt-sept à Châteaubriant

et cinq Nantais emprisonnés à Paris.

 Le jour de mon arrestation,

 on a saisi sur moi un poème contenait le quatrain suivant :

« Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme. »

   

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Butte aux fusillés

 

Deux jours plus tard,

neuf poteaux sont dressés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant.

 Nous sommes vingt-sept otages, répartis en trois groupes, à nous y appuyer,

refusant qu'on nous bande les yeux et criant:

 « Vive la France ! »

 devant le peloton d'exécution. Je suis le plus jeune,

j'ai un  évanouissement mais l'on m'a fusillé dans cet état.

Il est 16 heures, ce 22 octobre 1941

Avant j' avais écrit une lettre à mes parents.

Tout au long de ma détention j'ai écrit des lettres à ma famille proche.

La veille de ma mort, j'ai écrit un billet à une jeune fille de dix-sept ans,

 Odette Lecland,

 que je  surnommait « Épinard » :

 

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« Ma petite Odette,
Je vais mourir avec mes 26 camarades, nous sommes courageux.
 Ce que je regrette est de n’avoir pas eu ce que tu m’as promis.
Guy »
 
 
        et une lettre pour ma famille
 
"Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé,
 
Je vais mourir !
 
Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman,
 
c'est d'être courageuse.
 
Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi.
 
 Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur,
 
 c'est que ma mort serve à quelque chose.
 
Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean.
 
J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino.
 
 Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
 
J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées
 elles pourront servir à Serge,
 
qui je l'escompte sera fier de les porter un jour.
 
 A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman,
bien des peines,
 
 je te salue une dernière fois.
 
 Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
 
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup.
 
 Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
 
17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret,
 
 si ce n'est de vous quitter tous.
 
Je vais mourir avec Tintin, Michels.
 
Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes,
 
 c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
 
Je ne peux en mettre davantage.
 
 Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa,
 
 en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !
 
Votre Guy qui vous aime.
 
Guy

 

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 L’original est présenté au musée de la Résistance Nationale
 de Champigny-sur-Marne :
 
 
 
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Dernières pensées :
 
Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"
  
 

Pour les nazis,  

l'exécution d'otages communistes est préférable

 pour convaincre les Français que seuls les juifs

 et les communistes sont leurs ennemis.

La sélection d'un otage si jeune est également délibérée,

 pour montrer qu'ils seront impitoyables

avec tous les distributeurs de tracts, quel que soit leur âge.

 Mais l'exécution d'un otage si jeune a surtout pour

 effet de choquer la population française. 

Un gendarme a remis le billet à Odette.

 Après avoir précisé :

« Guy était amoureux de moi et je ne le savais pas »,

 elle déclarera

« Là, il faut que j’explique : on était des jeunes militantes
 mais on n’était pas évoluées comme maintenant.
 
Guy m’avait dit un jour :
 
“ est-ce que tu serais d'accord pour me faire un patin ? ”
 
Et moi qui ne savais pas du tout ce que c'était, j'avais répondu :
 
“ Si tu veux. ” »

Arrêtée le 13 août 1941

avec un groupe de dix-sept jeunes dont elle était la seule fille,

 elle parvient à s’évader trois ans plus tard.

Actuellement, Madame Odette Nilès,

qui a caché ce petit mot pendant sa détention

et l’a gardé jusqu’à ce jour,

est présidente de l’Amicale de Châteaubriant

 

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Mémorial de Chateaubriand

 

Odette Lecland,

 devenue Odette Nilès dénonce   

Interviewée par Libe-Labo en octobre 2007,

elle déclare que la lecture de cette lettre tous azimuts,

 c’est

« dévaloriser la valeur de ce qu’était Guy Môquet »

et que celui-ci

« serait fou de voir tout ce que l’on peut faire en se servant de son nom. »

 
 
 
A toi petit père, certainement un des plus jeunes F.F.I

et a tous les jeunes qui ont été dans l'action.

  Les Forces françaises de l'intérieur (FFI) est un nom donné en 1944

à l'ensemble des groupements militaires clandestions

qui s'étaient constitués dans la France occupée

 (Armée secrète, Organisation de résistance de l'armée,

Francs-tireurs et partisans, etc..)

 

 

 

 

 

posted by HARMONY at 13:10 | in: de 1900 aux années 2000
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Comments:


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Magnifique hommage
Bonsoir Harmony, effectivement on parle beaucoup de la lettre du Guy Môquet en ce moment et cela fait débat.. de mon point de vue, de la lire dans les écoles pourrait montrer à certains jeunes qu'à 17 ans on peut avoir de la valeur et qu'on peut aimer son pays jusqu'à en périr.. ton article est très intéressant comme toujours.
Bravo à toi du travail immense que tu fais.
plein de bisous
chantal
Posted by boddaert at 18:32, 25/10/2007 | Link | |

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