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Historica
Marie Leczinska
Breslau, 3 juin 1703- Versailles 1768
Reine de France et de Navarre
FAUX
Bigode, frigide, laide, sans esprit....
ainsi nous la décrivent les manuels d'histoire,
ajoutant que son manque de séduction jeta Louis XV,
dans les bras de nombreuses maîtresses.
VRAI
La vérité est tout autre,
et l'on reste stupéfait lorsqu'on découvre
qui fut réellement cette princesse polonaise, fille d'un roi en exil,
réfugiée dans un petit village d'Alsace où elle apprend,
un matin, qu'elle va épouser le roi le plus puissant d'Europe.
Marie-Catherine -Sophie-Félicité LECZINSKA
était la fille de Stanislas LECZINSKI,
issu d'une très grande famille noble polonaise,
Comte du Saint-Empire et de Lesno,
palatin de Buelna et de Lenezin, staroste d'aldenaw,
Wawode et Posnanie, élu roi de Pologne
et Grand-Duc de Lithuanie sous le nom de Stanislas 1er en 1704,
et de la comtesse Catherine BRIN-OPOLINSKA,
fille du Palatin de Posnanie.

ENFANCE et JEUNESSE

Collection du Musée de Sceaux
Sa petite enfance,
étrangement troublée durant le règne très mouvementé de son père
par des départs précipités du palais royal,
les longues étapes en voitures et les installations de fortune,
fit de Marie une princesse fugitive.
Les avatars de l'Histoire écartent son père du trône :
elle se réfugie tout enfant à Stockholm,
puis débuta en 1716 un exil précipité,
dans le plus grand dénuement matériel.
Toutes ces épreuves et la bonne éducation pédagogue
pleine d'intuition et de justesse que lui offrit son père,
lui donnèrent très tôt un grand courage,
un caractère aimant, une douceur raisonnable,
une excellente réflexion mêlée de principes religieux
qui remplira son âme d'une sérénité réfléchie.
En 1717, Marie perdit sa soeur aînée,
Anne LECZINSKA, âgée de 18 ans.
Ses parents reportèrent alors leur tendresse sur Marie,
qui entrait dans sa quinzième année
et poursuivait son éducation accomplie :
elle parlait six langues, possédait
"des clartés sur tout",
sachant danser avec grâce et se tenir à merveille.

LES PRETENDANTS
Plusieurs propositions de mariage
seront imaginées par son père dès cette époque,
malgré son souhait profond de partager l'infortune de ses parents.
On parla de plusieurs princes allemands,
et même de princes du sang de la famille de France,
dont le Duc de Bourbon,
Stanislas essuya un refus de Mme le Duchesse,
qui voyait là une mésalliance,
voire même avec un Marquis de Courtanvaux,
commandant du régiment de cavalerie
mis à la disposition du roi Stanislas par le Régent,
tombé follement amoureux d'elle
et qui osa demander sa main au roi Stanislas.
Le décès de leur second protecteur
et l'entrée du Duc de Bourbon au Ministère
allait bouleverser sa vie tranquille et retirée.
Telle Cendrillon, une intrigue de cour fit de Marie,
jeune fille sans fortune,
la reine du plus prestigieux royaume de l'époque.
En effet, Mme de Prie,
maîtresse influente et décidée du Duc de Bourbon,
jeta son dévolu sur notre princesse
comme Duchesse de Bourbon.
Mais M le Duc était beaucoup plus préoccupé
du mariage du jeune roi que du sien.
Une série d'incidents mettait en péril
le projet matrimonial du régent,
avec la toute jeune infante espagnole,
fiancée du jeune roi, qui allait avoir sept ans.
Il désirait depuis longtemps rompre ces fiançailles
qu'une grave maladie de Louis XV anticipa.
En vue du mariage royal,
une liste complète des princesses à marier sera dressée.
Une première liste de 100 noms fut d'abord proposée,
de laquelle on en retrancha 83. Marie en faisait partie,
mais fut primitivement écartée
du fait de sa basse naissance et du titre électif de son père.
D'un trait de génie,
c'est finalement Mme de Prie qui prit la grave décision
de la
"mésalliance" ,
car ce mariage pouvait être considéré comme tel,
en espérant tout d'une princesse effacée,
manipulable et infériorisée, qui lui devait tout :
en quoi elle se trompa, car elle finira exilée dans ses terres
et s'y suicidera d'ennui, après la disgrâce de M le Duc.
LE MARIAGE

Administration des Monnaies et Médailles.
Médailles françaises dont les coins sont conservés
au Musée monétaire.- Paris : Imprimerie nationale
Célébration du mariage de Louis XV
à Fontainebleau 1725
Le mariage fut déclaré à Versailles le 27 mai 1725.
Marie fut mariée par procuration
dans la cathédrale de Strasbourg le 14 août,
fit le "voyage" comme toutes les princesses étrangères
venant épouser un roi de France jusqu'à Moret,
où elle rencontra, pour la première fois Louis XV.

Le jeune adolescent royal eut un véritable coup de foudre,
subjugué par la grâce, l'intelligence et la douceur de sa promise.
Marie l'aimera aussitôt à la folie.
Son mariage a lieu le 5 septembre,
le lendemain de leur rencontre,
dans la chapelle du château de Fontainebleau.
Louis XV décida alors d'établir ses beaux-parents
à Saint-Germain-en-Laye,
puis leur octroya l'immense domaine royal de Chambord.

Pour la première fois,
la Cour de France assista au spectacle idyllique
d’un jeune couple épris l’un de l’autre,
car le début de mariage fut très heureux
et suivi de dix ans de bonheur et de fidélité.
« Je trouve la reine la plus belle »,
disait Louis XV en amoureux enthousiaste.
La reine découvrit Versailles le 1er décembre, à la fin du
« voyage de Fontainebleau »,
ainsi que la vie de cour éclatante, les intrigues et la stricte étiquette.
Notons que ce sera la reine de France
qui y résidera le plus longtemps, puisqu’elle y habita sa vie durant,
au contraire de l’épouse de Louis XIV, et de celle de Louis XVI,
au destin tragique que l’on connaît.

L'inaltérable amour de Marie Leczinska,
reine de France,
pour l'inconstant, et cependant fidèle,
Louis XV, le Bien-Aimé.
Rigaud
Malgré les premières adulations et flatteries,
et un regrettable faux pas politique,
Marie fit preuve d’une grande capacité d’adaptation :
de la vie simple et un peu bohème qu’elle avait menée,
elle s’adapta très vite à l’existence organisée,
méthodique et emprisonnante d’une reine de France.
Elle se résigna à vivre en souveraine et à l’écart de ses enfants,
comme toutes les reines l’avait fait avant elle.
Sa docilité entre les mains du premier ministre
et de Mme de Prie va lui faire encourir
la colère du roi et du cardinal Fleury, qui remplacera, en 1726,
le duc de Bourbon définitivement disgracié.
Elle se retrouva isolée, sans appui ni expérience..
Son seul réconfort restera son abondante correspondance
qu’elle échangera avec son père. Très attachée à son mari,
la reine ne manquera pas de suivre les conseils
de soumission inconditionnelle
que lui prodigue son père dans ses lettres.

LES ENFANTS ROYAUX
L’heureuse union fut couronnée par dix grossesses si régulières,
que l’on prête à la reine ce soupir de lassitude :
« Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher ! »
et il y a de quoi, quand on juge l’état de sa progéniture
et la fréquence quasi régulière de ses heureux événements :

dans la « chambre de la reine » de Versailles,
Marie mettra au monde publiquement,
selon l’usage établi, en douze ans, ses dix enfants,
dont de nombreuses filles, appelées Mesdames de France :
1. Marie-Louise-Elisabeth de France - 1727-1759
appelée à sa naissance Mme Première
puis Mme Infante après son mariage.
2. Anne-Henriette de France -1727-1752,
sa sœur jumelle appelée Mme Seconde à sa naissance
puis Mme Henriette en 1739 après le mariage de sa sœur, célibataire.
3. Marie-Louise de France -1728-1733
appelée Mme Troisième
morte en bas âge.

Marie Leczinska, Reine de France, et le Dauphin,
par Alexis Simon Belle
4. Louis-Ferdinand de France, Dauphin de France - 1729-1765
5. Philippe de France, Duc d’Anjou - 1730-1733
mort en bas âge.
6. Marie-Adélaïde de France - 1732-1800
appelée successivement Mme Quatrième à sa naissance,
Mme Troisième en 1733 après la mort de la précédente,
Mme Adélaïde, célibataire.
7. Victoire-Louise-Marie-Thérèse de France - 1733-1799
appelée Mme Quatrième à sa naissance
puis Mme Victoire en 1745, célibataire.
8. Sophie-Philippine-Elisabeth de France- 1734-1782
appelée Mme Cinquième à sa naissance
puis Mme Sophie en 1745, célibataire.
9. Thérèse-Félicité de France -1736-1744
appelée Mme Sixième,
morte en bas âge à l’abbaye de Fontevrault.
10. Louise-Marie de France -1737-1787
appelée Mme Septième ou Mme Dernière,
puis Mme Louise en 1747,
religieuse au Carmel de Saint-Denis
sous le nom de Sœur Thérèse de Saint-Augustin en 1770,
prieure du Carmel en 1773.
Un billet spécial sera consacré aux enfants du couple royal.

Henri-Nicolas Cousinet
Nécessaire offert par Louis XV à la reine Marie Leczinska
à l'occasion de la naissance du Dauphin en 1729-1730
Seize pièces en vermeil, quatre pièces en porcelaine de Chine,
deux pièces en porcelaine du Japon
et quatre pièces en porcelaine de Saxe,
ébène, bois noirci, palissandre.
Contenu dans un coffre en palissandre,
le nécessaire comprend une chocolatière
et son support, un réchaud, un moulin,
un pot à crème, trois boîtes de différentes formes,
une passoire, un entonnoir, une pince à sucre,
un bougeoir, une sonnette, une petite pince,
une grande cuiller à chocolat et deux cuillers à café,
le tout en vermeil, un sucrier, une théière
et une paire de gobelets et soucoupes en porcelaine de Chine
et du Japon, montés en vermeil, une paire de tasses
et soucoupes en porcelaine de Saxe , un moussoir en ébène.
Presque tous les objets de vermeil portent
le poinçon de Cousinet, les cuillers à café portent celui de Blain.
Le décor comporte fleurs, roseaux, palmes, feuillage,
coquillages, motifs rocaille et dauphins.
Sur les pièces les plus grandes se voient
les traces des armoiries de la reine.
Le motif des dauphins, en accord avec la date,
indique que le nécessaire a vraisemblablement
été offert à la reine lors de la naissance
de l'héritier du trône, en 1729.
A la mort de Marie Leczinska, en 1768,
le nécessaire échappera au pillage de la Révolution.

La Reine délaissée et le temps des épreuves
Les premières maîtresses
Ses maternités fatiguèrent la Reine et la feront vieillir précocement.
Elle devint frileuse,
abandonnant peu à peu toute espèce de coquetterie vestimentaire
et se couvrant de fichus, châles, mantelets et camisole douillettes,
qui lui donnèrent cet air un peu suranné
qu’on lui connaît dans ses portraits.
Louis XV qui l’avait sincèrement aimée,
lui restera longtemps fidèle puis la délaissa.
Son manque de séduction et sa santé délicate
jetèrent Louis XV dans les bras de favorites.
Le temps des épreuves commença vers 1739,
ponctué par les intrigues de l'entourage la politique,
les guerres et surtout, les rivalités odieuses
des premières maîtresses déclarées...
Elle se résigna, tout au long de son règne,
à supporter ces femmes qui la privèrent de l'affection
de son royal époux.
Son destin de femme bifurqua,
dominé par l'incertitude, la mélancolie,
les déceptions de la vie et les situations difficiles
(ses jalousies fondées, la turbulence de son fils,
le départ de ses filles au couvent lointain de Fontevrault,
l'expédition manquée de son père
pour retrouver le trône de Pologne, etc...
Elle ne perdra pas courage et gardera sa dignité,
sans jamais faillir à ses devoirs et obligations de souveraine,
sans jamais juger celui qui la délaissa
et qu'elle aimera en silence comme au premier jour.

Madame de Pompadour par François Boucher,
1758 - Fogg Art Museum, Harvard University, U.S A
Puis vint la liaison avec Mme de Pompadour,
intelligente grisette à l'ascension célèbre,
qui fut pour la Reine une période moins pénible.
Grâce aux adroites suggestions de la favorite,
Louis XV retrouva quelques attentions
pour la pauvre Marie délaissée.

Désormais,
et pour presque une vingtaine d'années,
sa vie s'équilibra dans un curieux contraste
que les années accentuèrent en l'assombrissant
La "bonne Reine" et La fin des épreuves
La fin de sa vie fut assombrie par le temps des deuils :
elle perdit d'abord ses deux filles aînées,
Mme Henriette, sa préférée, en 1752,
puis Mme Infante en 1759,
son petit-fils, le Duc de Bourgogne,
enlevé tout jeune par une cruelle maladie...
Elle vit disparaître son ancienne rivale,
devenue Duchesse en 1764,
qui ne lui fit éprouver nulle joie vengeresse
mais que des mélancoliques réflexions sur la vanitédu monde...
Le destin redoubla encore, avec un deuil qui détermina sa fin :
le plus cruel à son pauvre cœur fut le décès de son fils,
le Dauphin Louis-Ferdinand.
Elle avait mis en lui tous ses espoirs,
partageant ses idées, faisant cas d'une haute élévation morale.
Marie fut au désespoir et atteignit les sources mêmes de sa vie,
d'autant plus qu'elle était seule,
ayant perdu également sa confidente et amie la plus chère,
Mme de Luynes.
La disparition tragique de son père en 1766, brûlé vif par accident,
acheva de la meurtrir.
Durant l'automne 1767,
un rhume négligé lui donna de fréquents accès de fièvre
qui l'affaibliront rapidement.Son état devint préoccupant.
Le Roi revint à son chevet,
suivant les progrès des langueurs et de la tuberculose.
Sa pauvre tête elle-même se perdait par instants.
Louis XV, que la mélancolie accablait,
fut pour elle plein de sollicitudes :
les deuils récents les unissaient à nouveau.
Son agonie fut longue,
avec des rémissions spectaculaires.
Terriblement affaiblie, fiévreuse, à demi inconsciente,
Marie Leczinska s'éteignit le 24 juin 1768
dans la chambre de son appartement de Versailles,
au milieu des siens,
au terme d'une vie émouvante et mouvementée.
Louis XV était revenu, elle avait été exaucée...
L'émotion fut immense, quand arriva sa dernière heure.
Le peuple pour qui elle s'était tant dévouée la pleura.





