
Eugénie de Montijo
Eugenia Maria Ignacia Augustina Palafox
de Guzmán Portocarrero y Kirkpatrick
de Closeburn,
9e comtesse de Teba
ou
Eugénia de Montijo
(5 mai 1826 – 11 juillet 1920
impératrice des Français
(1853-1870).

par Franz Xaver Winterhalter
Sa famille
La future et dernière impératrice des Français
est née à Grenade en Espagne,
fille de
Cipriano Palafox de Guzmán y Portocarrero, comte de Teba,
plus tard comte de Montijo, et de sa femme mi-écossaise,
mi-espagnole Maria Manuela Kirkpatrick,
une des filles de l'Écossais
William Kirkpatrick of Closeburn,
qui fut consul des États-Unis à Malaga.
Sa sœur, Maria Francisca de Sales,
aussi connue sous le nom de
Paca (Françoise),
hérita du titre Montijo ainsi que d'autres titres familiaux.
Épouse du duc d'Albe, elle mourut en 1860.
D'après certaines sources, Don Cipriano n'était pas
le père biologique de ses filles,
et la rumeur attribue la paternité d'Eugénie
au diplomate britannique,
George William Frederick Villiers (1800-1870),
plus tard 4e comte de Clarendon,
célèbre du fait de son poste de
secrétaire aux Affaires étrangères britanniques.
La comtesse de Teba, Eugénie,
mondainement connue avant son mariage,
fut éduquée à Paris au célèbre
couvent de la Sacré Cœur, où elle reçut
un enseignement catholique indélébile.
Lorsque Louis Napoléon devint
président de la Deuxième République
elle apparut avec sa mère aux bals donnés
par le prince-président au palais de l'Élysée,
et c'est là qu'elle rencontra

le futur empereur Napoléon III,
qui l'épousa le 30 janvier 1853, peu de temps après avoir
été repoussé dans ses tentatives
de se faire accorder la princesse
Adelaide von Hohenlohe-Langenburg,
nièce adolescente de la reine Victoria.
Dans son discours du trône le 22 janvier
il annonça officiellement son engagement, déclarant
« j'aurais préféré une femme que j'aime
et respecte à une femme qui m'est inconnue,
avec laquelle une alliance aura
des avantages mélangés avec des sacrifices ».
Le jour des noces, alors que Victor Hugo écrit :
« l'Aigle épouse une cocotte »,

un épigramme anonyme a couru dans Paris :
-
« Montijo, plus belle que sage,
De l'empereur comble les vœux :
Ce soir s'il trouve un pucelage,
C'est que la belle en avait deux... » .
De fait ,
quoique issue d'un sang britannico-andalou trés aristocratique
et élevée dans le catholicisme le plus strict,
elle n'avait pas moins de vingt-sept ans lors de son mariage en 1853
et avait vécu et beaucoup voyagé ..
. D'une beauté éclatante selon les canons de l'époque ,
elle avait acquis une grande liberté d'allures ,
était passionnée et séductrice voire provocante, avec retenue.
D'ailleurs , Maxime du Camp, dans ses souvenirs, écrivit d'elle :
« ...Je dirais volontiers : « c'était une écuyère ».
Il y avait autour d'elle comme un nuage de cold cream,
de patchouli ; superstitieuse, superficielle,
ne se déplaisant pas aux grivoiseries,
toujours préoccupée de l'impression qu'elle produisait,
essayant des effets d'épaules et de poitrine, les cheveux teints,
le visage fardé, les yeux bordés de noir,
les lèvres frottées de rouge,
il lui manquait, pour être dans son vrai milieu,
la musique du cirque olympique,
le petit galop du cheval martingalé,
le cerceau que l'on franchit d'un bond
et le baiser envoyé aux spectateurs sur
le pommeau de la cravache. »
Dans l'ambiance tape-à-l'oeil et nouveau-riche de l'époque ,
ce « chic » ( mot alors juste mis à la mode)
dut plaire à Napoléon III.
Lui-même , agé de quarante-cinq ans ,
aux antécédents plustôt troubles,
et qui avait acquis la réputation d'être
le plus grand coucheur de France
ne pouvait prétendre obtenir une jeune vierge au sang bleu
d'une grande famille régnante en Europe...

Le couple dut s'assagir,

le prince impérial Eugéne-Louis naquit en I856.
Eugénie eut sans aucun doute une influence importante
sur la politique menée par son mari comme
sur la vie culturelle de la cour et de la France.
Sur le plan politique, catholique ultramontaine,
elle voulut que la France soutint le Pape par les armes
(création du corps des zouaves pontificaux),
alors que Napoleon III était favorable
à la libéralisation des autres États italiens :
elle soutint contre les Anglais
le projet français d'ouverture du canal de Suez,
et elle alla l'inaugurer en personne.
Elle poussa à l'invasion du Mexique, qui se solda par un désastre,
elle prit parti pour l'Autriche, et contre la Prusse ,
ce qui fit le jeu de Bismarck.
Par ailleurs,
elle fut nommée régente de l'Empire en juillet 1870
après la capture de son mari par les Allemands
et essaya de gérer de son mieux la débâcle.
Dans la vie culturelle de la cour et de la France,
elle participa du style Napoléon III
(poirier noirci torsadé et incrustations de nacre ...) ,
soutien à Mérimée, Winterhalter, Waldteufel, Offenbach ...

Aprés la chute de l'Empire,
et la mort de Napoléon III en Angleterre (1873),
elle laissa la direction du parti bonapartiste à Rouher,
et se consacra à l'éducation de son fils.
Eugéne-Louis fut cadet de l'école militaire de Woolwich ,
puis versé dans un corps de cavalerie
à destination de l'Afrique du Sud.
Il fut tué par les Zoulous lors d'une patrouille dans le bush.
Par la suite, Eugénie fit un pélerinage en Zoulouland,
voyagea sous le nom de comtesse de Pierrefonds,
créa le cénotaphe de sa famille
à l'Abbaye Saint Michel de Farnborough,
oû elle est enterrée prés de son mari et de son fils.
L'impératrice mourut à Madrid en 1920,
en ayant influé une derniére fois sur la vie politique française :
elle rendit publique une lettre du kaiser
qui dévoilait les intentions expansionnistes
à long terme de l'Allemagne
sources : Larousse et correspondance de Prosper de Mérimée

Une lettre du roi de Prusse Guillaume Ier
Le 23 octobre 1870, l'impératrice Eugénie,
réfugiée en Angleterre,
écrivit au roi de Prusse Guillaume Ier en tentant
de l'amener à renoncer à l'Alsace ;
dès le 26 le souverain allemand répondit par un refus.



"L"impératrice Eugénie", 1854, Xaver Winterhalter,
92,7 cm x 73,7 cm
Metropolitan Museum of Art, New York

Conséquences historiques
En 1917,
sous l'influence des États-Unis, les Alliés avaient fait savoir à la France
qu'il n'était pas question de lui restituer de façon inconditionnelle
l'Alsace-Lorraine
qu'ils considéraient comme un territoire allemand.
Même les socialistes français partageaient ce point de vue.
C'est alors que l'ex-Impératrice écrivit à Clemenceau
pour lui apprendre l'existence de cette lettre,
elle la lui céda et il put ainsi la lire au cours d'une réunion interalliée.
Les termes
« C'est cette considération seule,
et non le désir d'agrandir une patrie dont le territoire
est assez grand,
qui me force à insister sur des cessions de territoires,
qui n'ont d'autre but que de reculer le point de départ
des armées françaises qui,
à l'avenir, viendront nous attaquer »
prouvaient à l'évidence que le roi de Prusse
ne réclamait pas l'Alsace
en tant que territoire allemand,
mais comme un glacis pour protéger l'Allemagne.
Le retour de l'Alsace-Lorraine
fut alors inscrit parmi les buts de guerre.
Cette lettre est conservée aux Archives nationales.
L'impératrice fit de Biarritz sa villégiature.
Napoléon III lui fit construire en 1854,
la Villa Eugénie, l'actuel Hôtel du Palais.
Le bâtiment initial brûla le 1er février 1903,
il fut reconstruit dans l'esprit d'antan mais en plus grand.
C'est un palace ou séjournait très souvent Jacques Martin,
il y mourut





