Envie de vous parler d'Histoire, de la Grande comme de la petite
La naissance de Guignol

 


"Petite fille, j'aimais lorsque papa nous faisait les marionnettes,

 derrière son petit castelet il était tout à la fois,

Guignol, Gnafron, le gendarme...

 Nous allions au petit théâtre de Guignol, près de chez nous.

Tout naturellement papa continua avec mes enfants

et mon fils devint un grand amateur,

 ayant lui aussi ses marionnettes et son Castelet.

 Puis ce fut terminé, télévision, personnages surnaturels, effets spéciaux,

 sa fille ne connaissait pas Guignol.

Ce fut un réel plaisir de lui faire découvrir

 et surtout de constater combien cela lui avait plu."

Le père de Guignol

son buste à Lyon

Laurent Mourguet est issu d'une famille de tisseurs pauvres. Il sera donc canut.

 Mais à la Révolution, l'avenir semble bouché.

 Du haut de ses 20 ans,

 le jeune et insouciant Laurent n'a pour seule école que les rues du Vieux Lyon.

 Il ne saura jamais écrire (il ne signera même pas lui-même son acte de mariage).

 Peu éduqué, mais malin et vif.

 Il fait feu de tout bois, et de petits boulots en métiers à la petite semaine,

 il gagne sa vie bon an, mal an en suivant les foires et les fêtes de sa région.

Ainsi le retrouve-t-on "maître gazier" puis "ouvrier en soye",

forain ou marchand de chaussons.

Quand il ne travaille pas, il fait des enfants à sa femme.

Dix en dix ans!

 Deux d'entre eux prendront d'ailleurs a relève en tant que marionnettistes.

Est-ce pour s'élever socialement

ou pour se stabiliser qu'il devient arracheur de dents?

 Le métier de "dentiste" n'existe pas encore à l'époque

et relève plus du numéro de cirque que de la faculté...

  1797

Laurent arrache donc les dents, en place publique...

 gratuitement, pour pouvoir vendre ses anti-douleurs après l'opération.

Pour mieux attirer le chaland, il crée un petit théâtre de marionnettes,

 type de spectacle déjà très en vogue à Lyon.

 C'est avec Polichinelle, et non Guignol, qu'il fera ses débuts.

 1804

 il abandonne définitivement la tenaille

et devient marionnettiste professionnel,

 assisté du père Thomas, un comédien-amuseur fameux,

 avec lequel il fera un bout de chemin.

 Mais Thomas taquine décidément trop la bouteille

 et les deux compères se séparent. Gnafron

 Guignol Le premier personnage du théâtre de Mourguet

sera Gnafron,

 sous les traits... du père Thomas!

 La toute première marionnette lyonnaise est née.

Puis suivra 1808,

le héros, le canut, naïf et roublard à la fois, proche des préoccupations populaires.

 

 Madelon, sa compagne, fait rapidement partie du trio.

 Les personnages s'affirment, tant physiquement que moralement.

Le langage de Guignol est unique: il parle bien mais invente des mots nouveaux,

jongle avec le parler local et l'argot, tord le coup au subjonctif et zézaye un brin.

Guignol n'a pas payé son loyer il doit déménager

 Hiver comme été, il porte une redingote marron à boutons dorés,

 un tricorne et un noeud papillon aux ailes froissées.

Les cheveux noirs sont rassemblés en une natte

qui se balade de droite et de gauche suivant les mouvements.

La maréchaussée est toujours mise à mal,

et ouvriers et petits employés se régalent à ce spectacle.

 Le pouvoir est moqué, le nanti ridiculisé.

Mourguet a l'intelligence de mêler à ses scénarios des éléments de l'actualité

pour les présenter sous un jour cocasse.

 Et on rit de bon coeur; petit à petit,

même le bourgeois goûtera l'humour de Guignol.

Les compagnons de Guignol

Gnafron :

 Guignol serait-il encore parmi nous si Gnafron n'avait pas existé ?

Ce philosophe assoiffé est essentiel dans le théâtre de marionnettes.

 Il donne du relief,

de l'épaisseur aux dialogues et le spectateur ne craint point de s'identifier à lui.

 Justin Godart évoque sa personnalité :

 « ...Gnafron, l'intrépide consommateur, qui,

 grâce au Beaujolais, maintient sa verve en éveil,

 méprise les embiernes de l'existence, garde l'âme sensible, l'esprit fraternel,

 et arbore fièrement sur son nez les couleurs de sa belle : la vigne. »

Profession : « gnafre », c'est-à-dire « regrolleur »...

 savetier... bref... cordonnier.

 Un haut chapeau, le « bugne », un vieux tablier de cuir gras. 

Sa voix est ce qui donne du caractère à la marionnette.

En 1908 Etienne Charles l'explique en ces termes :

 « Cette laryngite chronique due au brouillard aggravée par un éraillement terrible,

résultat d'un abus excessif de vin. »

Il a les dents

 « laquées par le jus de tabac »

et sa trogne est rouge, colorée par le Beaujolais.

Gnafron et Guignol

 

Madelon :

Camisole blanche, bonnet aux larges canons, voici Madelon,

 épouse de canut, épouse de Guignol.

 Son caractère est aigri, elle ne cesse d'houspiller Guignol

qui a tendance à délaisser son métier à tisser.

 Mais si Madelon est le type de la mégère acariâtre,

elle reste, malgré les coups de tavelle de son époux, fidèle à Guignol.

Elle veille sur les finances du ménage.

 Peu importe les fins de mois difficiles,

Madelon sera toujours proprette avec son tablier bleu et blanc.

Monsieur le Bailli : Maire, juge, notable,

 c'est en quelque sorte le symbole du pouvoir judiciaire et politique.

Grosses lunettes et favoris blonds.

Canezou :

C'est le propriétaire, vêtu de son bonnet grec et de sa robe de chambre.

 Très présent dans le répertoire de Guignol  :

 Si le canut du XIXème siècle

 est souvent propriétaire du métier à tisser, c'est un chef d'atelier,

 il est locataire de son atelier logement.

S'il ne peut payer son loyer il risque de se retrouver à la rue.

Le gendarme :

C'est bien entendu un des personnages clés du théâtre même si à Lyon,

 il est moins rossé qu'à Paris.

Dondon :

La jeune fille, « apprentisse » et bien entendu canuse.

 Sa présence permet à Guignol de décliner

 le vocabulaire amoureux du parler lyonnais.

 Le tisseur sur soie, pour des raisons économiques, n'épousait qu'une canuse...

enseigne d'un théâtre de Guignol dans le vieux Lyon

 

Guignol a toujours sa place dans la vie lyonnaise

 

D'après un texte paru dans Pays de Rhône Alpes  de septembre 2005

 

 

posted by HARMONY at 11:18 | in: XVIII ème siècle
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Comments:
Guignol
Hello Nicky !
Super Guignol, je me retrouve moi aussi il y a quelques années dans le "vieux St jean" et mes souvenirs me portent également au Parc de la tête d'Or où le mercredi après-midi il y avait une représentation en plein air ! Je ne sais pas vraiment si elle venait réellement du théâtre de Guignol, mais quel régal !
Merci beaucoup pour ce "p'tit retour" en arrière. Tout est vraiment bien expliqué et les photos superbes. Bravo de le montrer à la nouvelle génération !
Bises Brigitte (brimolene)
Posted by Brimolene at 09:55, 8/08/2009 | Link | |
Blog: Titre du commentaire
Bonsoir,
Le hasard des ballades font toujours bien les choses, je trouve votre blog super interessant, avec de belles photos, une description complète sans en faire trop.
BRAVO
Posted by Anonymous (http://lespassionsdepetitealine.over-blog.com) at 20:42, 24/01/2010 | Link | |



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